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Depuis quelques semaines, on assiste à des séquestrations de « patrons » d'entreprises, d'équipe de direction. Quelque soit la légitimité des actions revendicatives, cette forme de violence me paraît toujours inacceptable...même si lors d'un sondage, 60 % des français trouvent cela normal !!!
Cela veut dire que la société n'est plus capable de s'autoréguler et que la négociation est lettre morte dans le dialogue qui doit avoir lieu entre les salariés et leur direction. La phase jusqu'au-boutiste n'a jamais rien apporté de positif. La situation de crise n'arrange rien, les salariés sont inquiets à juste raison pour leur avenir. Le rôle d'un patron , d'un cadre est, dans ces moments, de fixer le cap, de donner l'espérance qui permet de passer l'écueil du marché qui s'effondre, de la concurrence qui s'amplifie,....d'être solidaire etc..
Témoin et acteur de ce type de violence, il m'est arrivé d'être séquestré toute une nuit avec l'équipe de direction dont je faisais partie. C'était en avril 1980 ! à Blois. Je venais d'être nommé chef de service dans le Centre EDF du Loir-et-cher. Un conflit durait depuis quelques mois (compliqué par la reprise d'une Régie par EDF) et portait sur le refus des organisations syndicales d'un changement de rattachement de deux unités au centre voisin d'Indre et Loire. Ainsi le Centre EDF avait les mêmes limites territoriales que le département. Mais c'était sans compter sur la radicalisation syndicale qui argumentait en défaveur de ce rattachement et avait pour argument auprès des salariés de voir venir la disparition de cette unité sur le Loir-et-Cher, ce qui n'était nullement envisagé.
Toute la nuit, nous sommes restés, (l'équipe de Direction) enfermés dans le bureau du Directeur avec les
manifestants devant nous, recevant des quolibets, mais sans réelles menaces, avec cependant l'interdiction de sortir ensemble. A l'extérieur, le Préfet qui avait déjà eu ce type de séquestration
dans une entreprise privée, avait pris les dispositions pour faire évacuer les manifestants. Je me souviens de les entendre vers 5 h du matin « ils arrivent...les CRS » et au moment où
les grévistes sont sortis, l'immeuble avait été bouclé et nous fumes délivrés sans difficultés. Une anecdote : le Directeur adjoint avait un logement de fonction au-dessus des bureaux, son
épouse voyant arriver la police est descendue. C'est alors qu'un grand gaillard de CRS avec un fusil en main lui intima l'ordre de le suivre. Mais quelle réaction de son mari qui s'écria
« mais c'est ma femme!!!. »
Le conflit se termina ce jour-là, le directeur négocia les conditions de transfert territorial et s'engagea à ne pas supprimer l'unité Loir et Cher! Le climat fût lourd pendant quelque temps. Il
ne fallait pas grand chose pour que s'enflamme de nouveau le paysage.
Je suis resté 4 ans, dans cette unité, un nouvel immeuble fût construit, gage du maintien de l'unité. Elle existe encore sous une autre forme. Comme quoi la violence de ce conflit n'a rien apporté à personne. Dernier souvenir : manipulé par une syndicaliste assez extrémiste, de nombreux agents m'ont dit regretter ensuite leurs actes. Comme quoi, la manipulation dans les conflits existe bien. Dommage que l'on ne puisse négocier sereinement sans arriver à ces extrêmes.